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Vous avez-dit "agriculture biologique" ?

 

L'agriculture biologique est une agriculture basée sur les cycles naturels, le travail avec le vivant (d'où son nom "biologique"), et qui refuse donc de recourir aux produits chimiques de synthèse.


Plus qu'une agriculture sans chimie, une "agro-écologie":

Plus qu'une agriculture sans chimie, l'agriculture biologique est une véritable "agro-écologie": c'est une vision globale de l'activité agricole dans son milieu. Plus que l'activité de production en elle-même, ce sont tous les liens que les différents éléments du système tissent entre eux qui sont considérés: l'agrosystème (plantes cultivées et animaux domestiques), est en lien avec l'écosystème (sol, arbres, haies, biodiversité...) mais aussi avec les humains (qui ont des savoir-faire, des modèles cultures, des envies, des besoins...).

"La bio n'est pas du conventionnel sans chimie, mais d'autres pratiques systémiques, qui posent les bases d'un organisme agricole bien plus résilient, bien plus stable, et à terme bien plus performant, que l'agriculture conventionnelle."  (Jacques Caplat, De la consommation à la produciton biologique)

L'activité économique n'est donc dissociée du social et de l'environnement dans lequel elle prend place. L'agriculture agro-écologique tire alors partie des atouts et des contraintes de ce milieu dans lequel elle s'insère, dont elle implique une bonne connaissance / observation. Cette agriculture biologique est alors indissociable de son territoire, de son terroir: elle se développe à partir des ressources locales, et non d'éléments extérieurs dont elle serait dépendant, et favorise ainsi l'autonomie des agriculteurs qui la pratique, mais aussi celle de son territoire, moteur d'un véritable développement local.

En savoir plus agriculture et développement local: une agriculture qui s'inscrit dans l'économie solidaire

Pratiquer une agriculture vivante:

 

* Connaître son sol, favoriser un sol vivant :

Elément central de l'agrosystème, le sol est un élément complexe, la couche supérieure de la pédosphère (la croute terrestre), il est issu de la décomposition de la roche (granite, calcaire, schiste, sable, gré, argile…), dans laquelle s'interpénètre la matière organique (produite par les êtres vivants, notamment certains micro-organismes), mais aussi l'air et l'eau, grâce à l'action de nombreux êtres vivants (vers de terre, taupes et autres racines de plantes notamment).

Fruit d'un très long processus de formation (un sol met plusieurs siècles voire millénaires à se constituer), le sol est donc une ressource limitée, non renouvelable (contrairement à la façon dont on a pu le considérer...). Il continue pourtant à être soumis à d'importantes dégradations, qu'elles soient physiques (tassement, érosion, saturation en eau...), chimiques (pollution, salinisation, acidification...) ou encore biologique (perte de biodiversité, minéralisation...), générées entre autres par les activités humaines.

L'agriculture biologique est une agriculture qui prend soin de ce sol, et met en oeuvre des pratiques visant à préserver sa fertilité, et donc la vie qu'il abrite.

 

* Mettre en oeuvre des pratiques agro-écologiques préservant la vie du sol

Différentes techniques peuvent être mises en oeuvre pour favoriser -naturellement- la vie du sol : non labour, couverts végétaux, semis direct ...

La fertilisation va être assurée par des procédés naturels, grâce à l'utilisation du fumier, du compost, ou encore d'engrais organiques, mais aussi en introduisant dans les cultures des végétaux ayant la propriété de fixer l'azote de l'air pour le restituer dans les sols (ce sont les légumineuses: luzerne, trèfle, pois... Les légumineuses ont ainsi la propriété d'être de très bons apporteurs de protéines végétales!). L'agro-foresterie rentre dans ce cadre.

L'idée étant avant tout de "nourrir le sol, pour nourrir les plantes qui nourriront les hommes et les animaux qu'ils élèvent...". 

Plus d'informations sur les sols avec par exemple les travaux des deux micro-biologistes français Lydia et Claude Bourguignon,
ou encore via les travaux de l'IRD2 dont est membre Terre de liens en Basse-Normandie  : "sols contre tous"

 

*Accroître la biodiversité, utiliser des semences et espèces adaptées, mettre en oeuvre des soins et traitements naturels

L'agriculture biologique / agro-écologique favorise tout d'abord l'utilisation de semences et espèces adaptées au contexte local. Des semences adaptées, mais pour autant, évolutives :

"Une agriculture biologique ancrée dans un territoire vivant cherchera à privilégier des plantes qui co-évoluent avec leur environnement et leurs agriculteurs (il en est de même avec les animaux). Il est donc important de soutenir également les semences paysannes, c'est-à-dire adaptées aux milieux, adaptables et évolutives"  (Jacques Caplat, Bio ou local ? Bio et local).

Ces variétés auront souvent pour qualité leur rusticité, leur adaptabilité au milieu, assurant ainsi une meilleure résistance des cultures.

Pour aller plus loin sur les semences, voir le billet de Jacques Caplat "Une semence n'est pas une graine"

ou encore les activités du réseau "semences paysannes"

L'agriculture biologique est également basée sur la mise en oeuvre de rotations, c'est-à-dire la succession dans le temps de différentes cultures sur une même parcelle, qui ne seront donc pas sensibles aux mêmes pathologies et vont ainsi permettre de réduire les risques de maladies, et permettre également de gérer le développement de certains adventices.

Elle est aussi basée sur la diversification des cultures, qui pour les mêmes raisons que précédemment vont réduire la sensibilité des cultures aux ravageurs et autres pathologies : "une grande diversité de cultures permet de créer un véritable « agrosystème », où certaines plantes vont abriter les prédateurs des parasites d'autres plantes (ce que l'on appelle les auxiliaires). Ce système assure une auto-régulation écologique qui peut être d'une efficacité spectaculaire et qui rend dérisoire l'obsession de la chimie." Jacques Caplat, les cultures associées, clef du rendement. Ces associations permettent également d'optimiser les productions sur une même parcelle : plusieurs plantes différentes ne vont pas mobiliser les mêmes minéraux du sol, mais vont également permettre d'assurer le renouvellement de sa fertilité "En premier lieu, la base de l'agronomie devrait être d'associer systématiquement des légumineuses aux autres cultures. Les légumineuses (pois, haricot, soja, arachide, trèfle...) présentent en effet la particularité de capter l'azote atmosphérique et de le fixer dans le sol sous une forme organique, grâce à une symbiose bactérienne au niveau de leurs racines (...). La présence d'arbres est extrêmement positive à long terme et à l'échelle de la parcelle. Ils sont en effet capables d'aller absorber du potassium voire du phosphore dans les couches profondes du sol, là où les racines des cultures agricoles ne peuvent descendre." Jacques Caplat, ibid.

Lorsqu'elles n'ont pu empêcher leur apparition, les maladies seront traitées naturellement, aussi bien pour les végétaux que pour les animaux.

La gestion / lutte contre les adventices sera elle-aussi effectuée mécaniquement (En gardant peut-être à l'idée qu'une "mauvaise herbe est une plante dont on n'a pas encore trouvé les vertus" ? L'exemple de Laetitia, soutenue par par Terre de liens Normandie à Beuvrigny, est peut-être à ce titre le plus probant !)

 

* Respecter le bien-être animal

Prenant soin de tous les éléments du système agricole, l'agriculture biologique prête donc attention à favoriser le bien-être animal : l'élevage hors-sol est par exemple interdit, les animaux doivent disposer d'un espace bien aéré, de lumière et d'une surface minimum et paillée à l'intérieur des bâtiments, ils doivent pouvoir avoir accès à des parcours extérieurs, les traitements hormonaux, clonage et autres manipulations génétiques sont interdites etc .

La médecine animale donnera également priorité aux médecines douces : homéopathie, huiles essentielles ... Si vraiment leur santé le nécessite, une quantité et selon des règles très strictes permet d'avoir recours à certains médicaments allopathiques (vaccins, antibiotiques…).

 

* Une agriculture intensive ?

L'agriculture agro-écologique serait finalement une agriculture très "intensive", car fortement productive dans un contexte où elle optimise les ressources locales !

L'association de cultures permet en effet de mieux "couvrir" le sol et donc d'optimiser les productions, la bonne compréhension de l'équilibre terre / eau permet d'optimiser et économiser la consommation d'eau et l'irrigation, l'énergie mécanique est également optimisée, et la biodiversité présente sur les fermes offre généralement de nombreuses richesses telles que bois pour le chauffage et autres matériaux de construction, pharmacopée naturelle, matières premières pour l'art ou l'artisanat, aliments sauvages qui peuvent être introduits aussi bien dans l'alimentation humaine qu'animale...

 

Labels et cahiers des charges:

Le mode de culture biologique est un mode de production très contrôlé: des cahiers des charges ont été élaborés au fil des ans par des paysans, agronomes et autres tehcniciens engagés pour développer cette éthique et ces principes agronomiques. Le contrôle en est confié à des organismes certificateurs extérieurs et indépendants: en France, il existe 9 organismes certificateurs habilités à contrôles les fermes et entreprises en agriculture biologique, et à délivrer la certification "biologique" et le petit logo bien connu qui l'identifie.

IL existe également d'autres modes de certification, une certification participative car élaborée par des consommateurs et des paysans : Nature et Progrès, mais aussi des systèmes élaborés par des AMAP...

 

Découvrir les systèmes agricoles biologiques :

- les fermes Terre de Liens en Normandie

- le réseau Agrobio en Normandie

- le réseau Paysan en Normandie

- le réseau Agriculture Durable en Normandie